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« Pas pleurer » de Lydie Salvayre (Bruno)

24 sept.
3 min de lecture

"...ce réalisme dont José, bien qu’il n’eût jamais lu Bernanos, disait qu’il était le bon sens des salauds."



Pas pleurer de Lydie Salvayre, en plein été 36, au cœur de la guerre d'Espagne, tellement émouvant, tellement cardio... il m'a pris par les tripes, et m'a laissé bien souvent à bout de souffle !


Prix Goncourt 2014... je me méfie toujours un peu des prix Goncourt, mais celui-là, ma foi, mieux vaut le lire deux fois !

Le livre, avec un style vraiment à part, jusqu'à la langue même mêlant souvent le français à l'espagnol, traite de l'espoir fou de la révolution libertaire catalane, les collectivisations, l'ivresse de la liberté avant que tout ne bascule dans la guerre civile...

Un livre à deux temporalités, avec d'un côté la mère de famille qui de nos jours se souvient, et de l'autre Bernanos, l'écrivain catholique et monarchiste qui, depuis Palma de Majorque, assiste horrifié aux exactions franquistes.C'est de ces livres qui vous font rêver autant qu'ils vous apprennent et vous rafraîchissent la mémoire...C'est indéniable, j'aime SALVAYRE !


Extraits

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" Il faut rappeler que, dans l’Europe de la fin du XIXe et du début du XXe, le courant libertaire connut des heures si fastes que les gouvernements mirent en place des moyens drastiques de le réprimer. Mais c’est en Espagne, patrie de l’ingénieux Don Quichotte, lequel s’exténua à secourir les faibles et à courir sus les méchants, c’est en Espagne que ce courant trouva son expression la plus haute, et c’est en Espagne, le temps d’un bref été, que ce courant s’incarna. À partir de juin 36, en effet, d’innombrables villages transformés en communes collectives libres et autogérées vécurent hors du contrôle du pouvoir central, sans police, sans tribunaux, sans patron, sans argent, sans église, sans bureaucratie, sans impôt, et dans une paix presque parfaite. C’est cette expérience unique, je crois, que mon oncle José tenta, avec quelques autres, de reconduire dans son village, et que ma mère, par les hasards de l’Histoire qui sont parfois tragiques, parfois glorieux, et souvent les deux, eut la chance inouïe de vivre. " p.77


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"L’un incarnait la poésie du cœur, l’autre la prose du réel, lui envoyant dans les narines des considérations d’un pragmatisme consternant ou, muni du marteau du dogme, lui assénant à grands coups l’importance capitale du réalisme en politique (ce réalisme dont José, bien qu’il n’eût jamais lu Bernanos, disait qu’il était le bon sens des salauds)."

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"Dans un premier mouvement, la réaction de José, aussi logique que paradoxale, fut de se replier d’autant plus vigoureusement sur son utopie libertaire qu’elle était violemment décriée. Il disait que rien, jamais, ne viendrait à bout d’elle. Qu’elle était une lueur tremblante au fond d’un puits d’espoir.

Un souffle généreux dans un monde cafard. Il disait que l’avoir hébergée ne fût-ce qu’un moment, avait fait de lui, à tout jamais, un autre. Il disait que l’Espagne était la seule terre où elle pouvait croître. Et les jours de grande inspiration, il disait qu’elle était cette fleur dont les graines enterrées durant des millénaires conservent inentamé leur pouvoir de fleurir. " p.177


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" C’est la première leçon qu’il tire. Et qui le navre. ll est contraint de le constater, toutes les perspectives qui pourraient leur ouvrir l’esprit et l’horizon leur sont un gouffre. Ce qu’ils veulent c’est le plat, c’est le morne, c’est l’immuable. Ça le déprime."

 
 
 

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