Rachid Benzine - L’homme qui lisait des livres. (par Pasquale)
Prix des libraires 2025

Un livre qui dès le début donne le ton et submerge d'émotions, en évoquant la brutalité et la barbarie que représente la guerre dans le monde. Les scènes sont les mêmes partout quelque soit le pays touché avec des rues dévastées, des façades éventrées, des enfants qui courent sur les trottoirs de gravas et qui savent à quoi ressemble la mort malgré leurs jeunes âges.
Des paysages à l'identique qui décrivent une scène de théâtre dont le thème récurrent n'évoque que la misère et la folie devant des spectateurs démunis et qui sont « encore plus tout à fait vivants mais pas encore tout à fait morts ».
Nabil est né en 1948 à Bilad-el-cheïkh un petit village près de Haïfa en Israël. Exilé de son village puis réfugié avec sa famille dans différents camps sommaires ne lui offrant que précarité et désillusion jusqu'à sa majorité, il est un survivant. Aujourd'hui il est devenu un vieil homme, un libraire, dont ses romans cités dans le récit avec de nombreuses références littéraires remplissent les étagères de son échoppe à quelques pas des ruines. Il veut raconter son histoire d'exode, de prison, d'engagements, de la perte de ses proches à un journaliste occidental envoyé à Gaza qui souhaite le prendre en photo. Mais le vieil homme lui explique qu'il n'aime pas l'idée de capturer un instant d'une existence de 70 ans sans connaître ce qu'il y a derrière. Leurs rencontres vont donc se poursuivre...
Ce qui marque dans ce récit situé à Gaza en 2014, c'est l'évocation du désastre engendré par les conséquences géopolitiques de « la guerre des six jours » en juin 1967, alors que Nabil était dans le camp de Jabaliya à quelques kilomètres de Gaza dont le lieu ressemblait à une ruche humaine mais dans lequel il s'était habitué à une nouvelle vie. Et là, précisément dans ce camp : « les Israéliens nous ont mis une raclée, avec leurs monstres de ferrailles qui écrasaient tout sur leur passage, des chars qui rugissaient et qui faisaient trembler le sol, des tirs de canons qui ont anéanti en quelques minutes des familles entières de palestiniens nous jugeant comme des terroristes. »
Ce drame, Nabil s'en souvient doublement, marqué à jamais dans sa mémoire. Il a dû lutter pour survivre ayant perdu une partie de lui-même. Jeune adulte meurtri, il a fini par se trouver un refuge dans lequel ses douleurs se sont anesthésiées. Ce vieillard à la peau burinée par le soleil, à la morphologie squelettique et voûtée est toujours debout grâce à sa passion pour les livres survenue à la disparition d'un proche aimé. Peut-être aurait-il sombré dans la folie s'il n'avait pas trouvé ce pivot qui l'aide à le sortir de son effondrement?
Rachid Benzine excelle une fois de plus dans le pouvoir des mots à portée humaniste.
Ce roman intime et sensible de par sa résonance y compris littéraire ne laisse pas indifférent après sa lecture.
Chaque chapitre de ce court roman s'ouvre sur un lieu et le titre d'un grand roman classique, faisant écho à l'œuvre de Jean Giono L'homme qui plantait des arbres. "Comme l'écrit Giono, on comprend :« que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction ».
Cette fable universelle ne parle pas des causes du conflit israélo -palestinien. L'accent est mis sur les conséquences de la guerre décrites sans haine, ni violence en faisant office de passeur de mémoires. En raison de son thème d'actualité et de la puissance des mots, ce livre m'a bouleversé et permis de comprendre la guerre au travers de ceux qui la subissent et de voir une lueur d'espoir grâce à l'amour pour la littérature.
Un livre incontournable pour mieux comprendre ...

Bonjour,
Merci pour ce partage qui m'a donné envie de lire ce qui me semble être une pépite du coup et même, un possible cadeau de Noël pour mon loulou de 20 ans dont le sujet est au centre de ses préoccupations actuelles me semble-t'il...
Laurence