Concentré d'adolescence cugnalaise (2)
Ces instants d’Elle

II
La suite était faite du tranchant de leurs corps pâles sur les motifs marrons démodés du canapé monoparental.
Ils étaient l'été sur l'automne, la sève et la fleur de peau sur un tapis de feuilles mortes et de velours rêche. Instants de désir fou, de premières fois et de lentes caresses sous les T-shirts, les chemises. Il se souvenait de cette douce lenteur des choses dans le silence du salon que seul la brise de leurs souffles brûlants venaient enchanter. Cette folle chorégraphie des corps qui se cherchent et des mains qui se trouvent.
Le temps s'était arrêté et c'est ainsi que leur histoire commençait, dans l'ensorcellement de ses yeux en corolles d'étoiles, sa beauté adolescente immaculée, la douceur de leurs peaux. Dans la chaleur de leurs lèvres de juillet, son cou, et le berceau de sa gorge sur laquelle trônait le poinçon en forme de grain de beauté de ce corps d'orfèvre offert à lui. C'est ainsi que leur histoire commençait, du moins il le croyait.
Il s'était remis à se chuchoter le soir des scenarios incertains dans lesquels se jouaient des histoires irréelles de fuites et de fugues, pour ne jamais avoir à affronter la deuxième moitié de l'été qui s'annonçait.
Assoiffé et à la dérive, il s'était échoué sur les plages d'une île déserte inconnue. Le moustique maigrichon avait posé les yeux sur des vallées offertes et s'était baigné dans les eaux pures. Le moustique maigrichon avait mué en nuée de papillons qui le maintenaient du battement de leurs ailes dans cette sorte de douce apesanteur qui ne l'avait pas quitté depuis la chaleur du premier baiser.
Mais le poids de la gravité reprit le dessus en quelques jours, au fur et à mesure qu'il comptait ces derniers. Il s'était remis à se chuchoter le soir des scenarios incertains dans lesquels se jouaient des histoires irréelles de fuites et de fugues, pour ne jamais avoir à affronter la deuxième moitié de l'été qui s'annonçait.
Les campings les plages d'Espagne le soleil chaud pour Elle, les collines du Tarn les copains à retrouver en colo pour lui... tout cela l'effrayait au plus haut point, lui qui ne rêvait que d'un mois d'août fait de chaleur amoureuse dans la fraîcheur et l'ombre du béton du quartier du Vivier.
Lâcher sa main c'était offrir des instants d'Elle au monde entier, la partager, la perdre inévitablement. Il n'avait jamais connu autant d’accès de paniques, par vagues oppressantes qui lui tordaient l'estomac. Comme un condamné, la fin du film de la dernière nuit avant de quitter Cugnaux fût tragique et insomniaque. Sa propre mort mêlée à des scènes déchirantes d'adieux et d'amour fou, il s'était endormi d'épuisement dans ses larmes. Vaincu.
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A distance, elle le rattrapait désormais jour et nuit.
Chaque réveil le rapprochait d'elle, c'était du moins ce qu'il croyait. Son seul souci était alors de chasser les cabines téléphoniques en état de marche, sorte de tirelires d'espoir et de désir les reliant. Mais le fil s’effilochait. Rires en berne, silences douteux, sonneries dans le vide ... ses absences lui barbelaient le cœur. A l'image des cabines téléphoniques, il se savait en sursit et abandonné.
L'apesanteur avait viré en pesanteur brutale, il s'effondrait, les quilles fauchées, sous son propre poids.
Il luttait contre la fatalité qui voulait que ces instants d'Elle ne furent qu'une hallucination de moustique maigrichon.
Qu'une pareille fusion entre deux âmes puisse être si vite assignée au rang de méprise, de caprice ou de fausse route le torturait. Il n'avait pas rêvé. Ils s'étaient bel et bien abandonnés dans une tendre éternité jusque-là inconnue, du bout de leurs doigts, dans les creux et les galbes, et cette dérive entre les constellations ne pouvait se réduire à quelques secondes de vaporisation d'étoile filante dans les atmosphères.
Pourtant, au fur et à mesure que s'amenuisait le fil, une cruelle évidence s'imposait : elle décidait, elle déciderait. Et elle décida.
Le coup de téléphone en forme de coup de lapin l'avait assommé, brisé et achevé. Une exécution sommaire fatale, en trois temps, qui avait tapissé de larmes cette toute dernière cabine téléphonique et son bottin délavé au soleil des mauvaises nouvelles. L'apesanteur avait viré en pesanteur brutale, il s'effondrait, les quilles fauchées, sous son propre poids. Quand il avait ouvert la porte de la vieille cabine pour reprendre son souffle, une partie de lui avait détalé dans une course folle pour se tapir au cœur d'une forêt. Elle n'était jamais revenu.
Le petit couloir sombre au linoléum gris resterait en lui tel un passage muré à vie.
Il vivrait dorénavant à ses côtés simplement en fermant les yeux tout en plongeant son nez dans un mouchoir de tissu blanc parfumé qu'elle lui avait offert, fin juillet. Il était orné de son surnom chantant l'Italie, avec un cœur à la place du point sur le "i", tel que sa star le lui avait dédicacé.
C'était ainsi qu'il la retrouvait, désormais addict à l'odeur de cet ex-voto de coton, les souvenirs et l'imagination le ramenant comme une feuille morte dans le vents d'Autan de l'été. Un shoot du creux de son cou, tout près de ses fines oreilles ornées de créoles, aux racines de ses cheveux, à la pulpe de ses lèvres folles et la neige de son ventre.
Il fit cela durant de longs mois, plusieurs années, ... jusqu'à revivre de nouveaux instants de 7ème ciel et de 4ème étage d’H.L.M., mais sans Elle, enfin, et ailleurs ! De longs mois d'automne sur l'été.
Amoureux.
A suivre...

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